Vélo pour tous : de la promesse à la désillusion
À la direction d’Artelia,
Vous aviez choisi de présenter Vélo pour tous comme un symbole : celui d’une entreprise engagée, moderne, attentive à la transition écologique et au bien-être de ses salarié·es. L’intention était juste. Ce dispositif, voulu et porté par vous, répondait à une attente réelle : faciliter les trajets domicile–travail, encourager les mobilités douces et donner du sens à la politique RSE. La promesse était claire : une participation importante de l’entreprise, une démarche responsable, une ouverture à toutes et tous. Et cela fonctionnait. Le dispositif a suscité un véritable intérêt, signe qu’il répondait à une aspiration partagée.
Mais c’est précisément ce succès qui a révélé ses failles.
Plutôt que d’assumer l’engagement pris, vous avez choisi de réduire la voilure : introduction d’une ancienneté minimale de deux ans, exclusion des vélos familiaux et cargos, interdiction d’usage partagé, réduction de la prise en charge. Autant de conditions ajoutées après coup, sans concertation, qui vident la mesure de son sens initial. Nous voulons être clairs : il n’est pas question que ce dispositif soit intégré dans les négociations salariales. Les mobilités durables ne relèvent pas d’un bonus financier ni d’une compensation économique. Elles devraient être l’expression d’une politique d’entreprise cohérente, pensée pour le long terme, et non ajustée selon des considérations budgétaires immédiates.
Ce n’est pas une erreur ponctuelle, ni un simple ajustement de dispositif.
Ce qui s’est passé avec Vélo pour tous est le symptôme d’un problème plus profond : une déconnexion croissante entre vos discours et vos actes, entre les valeurs que vous affichez et les décisions que vous prenez.
L’exigence, d’abord. Vous la revendiquez comme une valeur centrale, mais vous avez renoncé à l’appliquer à vous-mêmes. Une idée juste et ambitieuse s’est transformée en dispositif illisible, faute d’avoir été préparée, concertée et assumée.
La simplicité, ensuite. Vous en avez fait un principe, mais l’avez remplacée par une accumulation de règles, de seuils et d’exceptions qui en ruinent l’esprit.
Le partage, enfin. Il suppose transparence et information. Or, ni les salarié·es, ni leurs représentants n’ont été associés, ni même informés de manière claire.
Cette absence de partage d’information ne se limite pas à la mobilité. On la retrouve dans la gestion des rémunérations, des dividendes et de l’actionnariat. Chaque année, les “quantiles” salariaux sont redéfinis, empêchant toute comparaison fiable. Les chiffres réels ne sont pas publiés. La pyramide des salaires et la répartition des dividendes demeurent opaques.
Sur le plan environnemental, la contradiction est tout aussi nette.
Votre communication repose désormais sur le référentiel SBTi, présenté comme une caution scientifique de votre trajectoire “zéro carbone”. Mais ce référentiel est largement contesté : il repose sur des hypothèses invérifiables et des modélisations abstraites. Il réduit la politique environnementale à un exercice comptable, détourné de l’essentiel : repenser nos métiers, nos contrats, nos pratiques et leur impact réel.
L’exemple récent de la volonté de supprimer les doubles écrans au nom de la sobriété énergétique illustre cette dérive. Une mesure symbolique, décidée sans réflexion sur les conditions concrètes de travail, la charge visuelle ou les besoins des métiers d’ingénierie. Une sobriété d’affichage, qui ignore la réalité quotidienne des salarié·es, tout en continuant à promouvoir des projets numériques et industriels bien plus énergivores.
Ce n’est pas qu’une question d’environnement, c’est une question de cohérence.
Pendant qu’on parle de passion et d’innovation, la charge de travail s’intensifie, les équipes se réduisent, et la généralisation du flex office après les open spaces dégrade les conditions de travail. Pendant qu’on invoque le collectif, les espaces de dialogue se ferment et les décisions se prennent toujours plus en amont, sans transparence.
Ce que révèle Vélo pour tous, c’est une rupture de confiance. Une promesse faite, puis retirée. Une parole donnée, puis relativisée. Vous dites vouloir construire une entreprise exemplaire : encore faut-il aligner la communication et la réalité. Nous vous demandons donc de reprendre l’esprit initial du programme, de le rendre à nouveau accessible à toutes et tous, de publier les données salariales et la répartition des dividendes, et d’ouvrir un espace de dialogue social réel, où les représentants du personnel puissent être associés en amont des décisions. Car au-delà du vélo, c’est la crédibilité de vos engagements qui se joue.
Entre la communication et la réalité, il reste décidément un bon coup de pédale d’écart — mais il n’est pas trop tard pour reprendre la bonne direction.
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